Benalla : quel décryptage sur le Monde de Macron ?

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"Benalla n'est pas mon amant" (Macron) ! Et ce n'est pas le mien non plus

J'avais tenté de décrire le Monde d'Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017 et la première année de mandat avait confirmé cette analyse.
Notre jeune président était en rupture avec le Monde actuel. Plus d'inspiration, des idées "neuves", pas d'ancrage clientéliste ou clanique, peu de soucis des règles du jeu établies, un pragmatisme concret pour gagner, et une mise en scène de l'image très pensée et maîtrisée. Bref avec nos mots un Monde à dominante Inspiration, Marchand et Opinion.

Las, l'ancien Monde n'était pas mort, il attendait juste son heure et l'affaire Benalla lui a permis de se manifester. C'est ce que nous apprend cette affaire en deux points :

Premièrement : l'administration n'a en rien changé et c'est un chantier majeur à mener.
Des hiérarchiques sûrs d'eux qui en réalité ne décident quasiment rien et dont le courage est à l'épreuve d'une cour de récréation d'enfants de 8 ans : "c'est pas moi c'est l'autre ; j'ai rien vu, rien fait". Effectivement quand vous avez plus de 7 niveaux hiérarchiques, la base pense toujours qu'un niveau supérieur dira "non" si besoin et le niveau ultime n'ose pas contredire les 7 niveaux inférieurs sous peine de remettre en cause tout le système. Finalement personne ne décide vraiment, personne n'est responsable. Sans compter les hiérarchies parallèles : Ministère, Préfecture, Préfecture de police, Elysée, ...
Réduire la structure avec une bonne approche "6 au cube" ferait beaucoup de bien (6 niveaux, 6 personnes par équipe minimum, un manager a au moins 6 collaborateurs directs)
Ce Monde administratif repose depuis des années sur le triptyque Domestique (hiérarchie avec une dimension de fidélité clanique), Civique (les règles et les normes qui prennent le pas sur le sens de l'intérêt public) et enfin Industriel dans sa composante processus qui doit fonctionner coûte que coûte, au moins en apparence.
Voir ces décideurs se justifier devant l'Assemblée Nationale est d'ailleurs un excellent exercice Civique au sens positif du terme ; il devrait faire les réfléchir en profondeur sur leur Monde de Performance.
Donc notre Macron national n'a (encore ?) rien changé à ce fonctionnement-là.

Deuxièmement : plus étonnant, Emmanuel Macron semble lui même se faire corrompre par l'inertie et les ficelles faciles de ce Monde ancien. Je citerais un seul mot révélateur : "Benalla m'a trahi". Voilà une expression à 99% Domestique qui renvoie à une allégeance de personne à personne, indépendamment des idées, de la victoire ou de l'image externe. Macron a-t-il eu le sentiment de trahir Hollande ou Valls ? Même pas en rêve. Ce n'était pas dans son Monde "libre". Et là, d'un seul coup, il voudrait que "les autres" lui soient fidèles quoi qu'il arrive, ce qui implique nécessairement qu'il doit assurer la contrepartie de cette fidélité... ce qui veut dire qu'il n'est plus "libre". Comme Sarkozy et Hollande, fera-t-il passer des intérêts claniques avant la performance ?

Espérons que ce n'est qu'un mauvais rêve d'été orageux.

Laurent Dugas

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