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Dans une conférence organisée par l’IESE, la grande Business School espagnole, j’ai rencontré le producteur de cinéma Ignacio Gómez-Sancha.

Il nous a raconté une de ses expériences en Argentine dans les bureaux que sa société avait loués pour les 100 personnes qui préparaient le tournage d’un film de Roland Joffé dont il était le producteur.

« Le premier jour, je suis arrivé au bureau avec mon costume cravate, personne n’a fait attention à moi et sûrement personne n’avait repéré qui j'étais. Le deuxième jour, j’y suis retourné en pensant que la rumeur sur ma position avait circulé et que par conséquent le contact serait plus spontané … nouvel échec. Le troisième jour, pareil.
A l’évidence, ils me faisaient comprendre que je n’étais pas de leur Monde. C'était donc à moi de faire l'effort d'aller vers eux. J'ai donc fait les trois choses suivantes :
1. J'ai acheté 100 roses (la rose était en rapport avec une des scènes du film) et je les ai données une à une à chacun en me présentant,
2. J’avais observé que tout le monde, tous les jours, y compris les hommes entre eux, s'embrassaient pour se dire bonjour - j'ai fait pareil,
3. Plus de 80% des hommes ont une barbe, j’ai laissé pousser la mienne.
A partir de ce jour, je n'ai plus eu aucun problème de communication avec l’équipe. »

Bel exemple de passerelles entre deux Mondes, celui du leader et celui de l’équipe. Comme avec des clients, en tant que leader, c’est à nous - et pas à elle - de créer les passerelles.
Je nous encourage à suivre l'exemple d'Ignacio ... et aussi de découvrir le genre de film qu’un leader comme lui est capable de produire.

Silvia Estrems
Directrice du bureau P-VAL de Barcelone
« Ils ne sont pas du même Monde que nous ! »
Combien de fois avons-nous entendu ou pensé cette phrase dans nos environnements privés ou professionnels, avec la touche d’énervement qui va avec.
Deux films montrant le Monde des Windsor en sont l’illustration, The Queen de Stephen Frears et Le Discours d’un Roi de Tom Hooper.
Dans The Queen qui décrit la période qui suit la mort de Lady Di, Stephen Frears nous faisait vivre l’exaspération du Prince d’Édimbourg quand Tony Blair lui demanda de mettre en berne le drapeau qui flottait au dessus de Buckingham Palace. Choc de Mondes et refus du Prince : « it’s not a flag, it’s the Royal Standard » ; dans l’étiquette royale, personne ne met jamais en berne the Royal Standard, cette proposition était donc proprement monstrueuse.

Et pourtant, le Monde des Windsor, celui des gouvernants anglais et celui de l’anglais de base coexistent parfaitement. Par quel miracle ?
La réponse est contenue dans cette réplique de Georges VI dans Le Discours d’un Roi « quand je parle, la nation sait que je parle en son nom ». Pour preuve, ce fameux discours de Georges VI, pourtant écrit et relu par le Premier Ministre ce que tous les anglais savaient, a été le discours de mobilisation de guerre que seul le Roi pouvait prononcer avec autant de force.

Pas de miracle, du travail !
Pour être efficace collectivement, toutes les composantes d’une organisation n’ont pas besoin d’appartenir exactement au même Monde. En revanche, ces Mondes différents doivent avoir appris à vivre ensemble de manière structurée et pas au moyen de petits arrangements ponctuels.
Par exemple dans une entreprise de services, les commerciaux ne sont pas du même Monde que celui des équipes de production ; ils le savent mutuellement et pourtant leur collaboration est fructueuse quand elle est fondée sur la compréhension profonde de leurs valeurs ajoutées respectives et de modes de travail organisés.
Chez les Windsor aussi il y a beaucoup de travail pour arriver à ce résultat. On voit la reine Elizabeth II dans les deux films. Elle avait 10 ans quand Georges VI est monté sur le trône en 1936. Elle a appris son métier de Reine depuis cette date et a en particulier appris à se synchroniser avec le Monde de ses sujets et le Monde de ses premiers ministres.
Vous me direz, le pauvre Prince Charles lui est stagiaire-roi depuis 62 ans, n’est ce pas un peu trop comme contrat d’apprentissage ?

Bruno Jourdan
Un journaliste à interrogé Colin Firth, l’acteur anglais qui incarne le roi Georges VI dans l’excellent film « Le Discours d’un roi » qui vient de sortir en France : « En quoi fut-il difficile d’interpréter un monarque tel que Georges VI ? » Réponse « Ce qui m’a le plus intéressé est d’observer comment les gens réagissent face à un roi. J’ai vécu une situation de ce genre à l’occasion d’une cérémonie de cinéma en présence du prince Charles. Un de mes amis, véritable hippie, s’est littéralement métamorphosé devant Charles, lui montrant un infini respect ! Je me suis rendu compte qu’un monarque ne percevait les gens qui l’entourent qu’à travers le corset d’un mode de représentation permanent. Et cela depuis le jour de leur naissance. »

L’enseignement de cette anecdote est que les dirigeants ont, par construction, beaucoup de mal à comprendre le Monde de leurs interlocuteurs – de leurs équipes et de leurs clients dans le cas d’un dirigeant d’entreprise. C’est le concept de la tour Eiffel, sa forme rend impossible à celui qui est à son sommet de voir ce qui en dessous. D’abord parce que les interlocuteurs du dirigeant ne révèlent pas leur vrai Monde et aussi parce que le dirigeant analyse ce qui lui est dit à l’aune de son propre Monde. Cela fait beaucoup de filtres.

J’en profite donc pour faire un peu de publicité pour P-VAL – c’est le rôle de consultants comme nous d’aller décrypter le Monde de vos équipes et de vos clients. Leur vrai Monde, pas le Monde que ces équipes ou ces clients produisent face à vous.

Bruno Jourdan

 
Des Hommes et des Dieux est un  film qui vous captivera surement par pleins d'aspects:  humains, spirituels, politiques, ... Mais aussi par l'illustration forte qu'il donne de la démarche des Mondes.
Quels sont les temps forts du film ?
Selon moi il s'agit des deux discussions collectives pour savoir s'ils doivent rester ou partir avec la menace, au combien réelle, de perdre la vie.
  • Lors de la première discussion, chacun des Moines justifie sa décision de façon différente, solitaire, dans son monde personnel. Le spectateur se rend compte alors qu'il observe une somme d'individus qui se sont peut être endormis dans la routine de leur vie de trappiste.
  • Dans la deuxième et dernière discussion le tour de table recommence et chacun, avec ses mots propres, justifie le choix de rester dans le même Monde : dans un Monde spirituel, où ils acceptent chacun que leur vie à déjà "été donnée".
Comment sont-ils passé de ces mondes éclatés à un monde commun, porteur d'une décision lourde de conséquence ?
La démarche Monde nous invite à rechercher les Passerelles pour passer d'un Monde à l'autre. Il faudrait suremet que je revois le film pour les détecter complétement. J'attends vos collaborations avec impatience ! J'en ai détecté quelques-unes (il faut mieux avoir vu le film pour partager ce débat) :
  • La réunion et la prise de parole : les moines cisterciens parlent un minimum, ils ont ainsi perdu l'habitude de resynchroniser leur Monde entre eux, la règle de l'ordre suffisant en temps "normal"
  • Le rappel à l'ordre sur la démocratie, qui responsabilise chacun : on ne veut/peux pas se cacher derrière le supérieur
  • La prière, personnelle, mais aussi à deux, en groupe. La grandeur commune ne se situe pas dans leur existence matérielle, mais dans leur vie spirituelle.
Voila quelques idées qui demandent à être approfondies : Courrez voir ce film et postez vos commentaires