Dans les musées, la grandeur ce sont les contenus, pas le public… Loin d’être anecdotique, cette grandeur est très bloquante pour beaucoup d’institutions culturelles

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J’ai eu la chance de rencontrer le directeur d’une grande institution culturelle française qui accueille quelques millions de visiteurs par an. Nous avons discuté fidélisation des visiteurs et développement de leurs contributions financières.
C’est un thème sur lequel les musées français ne sont pas très efficaces, et nous en avons trouvé ensemble la raison :                                                                                                                                                                                 

Dans le Monde de beaucoup de musées, la grandeur ce sont les contenus, pas le public.

Grandeur des contenus, cela signifie la qualité des œuvres, l’exigence des expositions temporaires, la multiplicité des échanges avec d’autres grands musées mondiaux, la réputation des conservateurs et des commissaires d’exposition.

Et alors ?
Et alors, cette grandeur risque de s’avérer très bloquante pour le développement de beaucoup d’institutions culturelles. 

Pourquoi ?

1. Face à la baisse structurelle des financements de l’Etat et des collectivités, les institutions culturelles ont stratégiquement besoin de développer les contributions financières de leurs visiteurs – des nouvelles formes de mécénats individuels. 
  
2. Mais cette stratégie de financement par les publics a peu de chance d’être acceptée et mise en œuvre 
  • Avec cette grandeur des contenus… le public n’est qu'une partie prenante, pas un partenaire. Il est subi, toléré. Il n’est présent que sous forme d'un "nombre de visiteurs" preuve de la qualité des contenus
  • Avec cette grandeur, les dirigeants des musées sont des "conservateurs" (leur titre), ils s’occupent peu du public, et ne sont d’ailleurs pas nommés et jugés sur cela par leurs tutelles : aucun conservateur n’a jamais été mis de côté parce qu’il ne portait pas plus d’attention aux publics
  • Avec cette grandeur, la notion même de mécénat du grand public n’est pas un sujet pour les dirigeants - au mieux il est sous-traité à un service d’une de leurs sous-directions
  • Avec cette grandeur, l’argent est un peu sale et il doit venir de l’Etat - dont on ne comprend pas qu’il baisse ses dotations
  •  Avec cette grandeur, le public a le droit de financer, mais on ne lui donnera aucune contrepartie, aucune reconnaissance (cadeaux, événements privés, informations ciblées, animation de cette communauté) et personne ne s’étonnera de ses infidélités
  •  Avec cette grandeur, le musée ne peut même pas comprendre les leviers à activer pour mobiliser des financements du grand public
  • Avec cette grandeur, on se contente de peu, quelques milliers d’euros levés sur un projet de plusieurs millions
  • Avec cette grandeur, le musée aurait peur que le public revendique un pouvoir lié à l’argent qu’il verse (ce que les musées reprochent déjà aux grands mécènes privés).


Et alors, tout est-il perdu ?
Je suis optimiste, il y a des solutions.

La plus pérenne est clairement de gérer professionnellement un nécessaire changement de Monde dont je rappelle que c’est la spécialité de P-VAL.
Un point de départ facile serait que ces institutions culturelles acceptent de sous-traiter une partie de leurs activités de fidélisation et de levée de fonds auprès du public - le crowdfunding -  et elles ont à leur disposition de nouveaux acteurs très professionnels sur ce sujet.
Mais attention, sous-traiter une solution doit accompagner un projet de transformation dans la durée et ne pas s’y substituer.

Bruno Jourdan

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